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Les trois cervaux

 A l’instar de Darwin, la science a peu à peu défini les composantes de notre cerveau sous la forme de trois étages distincts. MacLean développe même l’hypothèse des trois cerveaux. Tout d’abord, il y a le cerveau reptilien, le plus ancien, première couche de notre évolution. Ensuite, considérons le cerveau des mammifères ou système limbique décrit par Broca. Autour de ce dernier, le cerveau nouveau ou néo-cortex règle notre activité cognitive, nos rapports avec le monde extérieur.
 Comme tous les cerveaux des vertébrés, le cerveau humain est divisé anatomiquement en trois parties : le cerveau antérieur, le cerveau moyen et le cerveau postérieur. En première analyse, décrivons les trois cerveaux commandant à nos fonctions physiques et psychiques. Ils sont reliés aux trois fonctions cérébrales : cerveau droit, cerveau gauche ou cortex, et cerveau neurovégétatif et endocrinien dit végétatif ou régulateur.
 Ces structures dites « limbiques » sont les mêmes chez tous les mammifères. Elles sont composées d’un tissu neuronal différent de celui du cerveau cortical responsable, lui, du langage et de la pensée. Les structures limbiques, quant à elles, prennent en charge les émotions et les réactions de survie. Au plus profond du cerveau se trouve l’amygdale, un noyau de neurones à l’origine de toutes les réactions de peur. Pour Damasio, la vie psychique est le résultat d’un effort permanent de symbiose entre deux cerveaux. D’un côté, un cerveau cognitif, conscient, rationnel et tourné vers le monde extérieur. De l’autre, un cerveau émotionnel, inconscient, préoccupé d’abord de survie et avant tout connecté au corps. Ces deux hémisphères sont relativement indépendantes l’une de l’autre et contribuent chacune de façon très différente à notre expérience de la vie et à l’élaboration de nos comportements.  
  
 L’hypothèse de MacLean – Selon le scientifique, nous disposons de trois cerveaux imbriqués les uns dans les autres. Ceux-ci ont été élaboré en parallèle de notre évolution afin de répondre à un degré d’adaptation sans cesse repoussé. Notre premier cerveau, dit cerveau reptilien toujours selon MacLean est la structure cérébrale la plus résistante et la plus ancienne. Situé en bas de la nuque, sa fonction consiste à prendre en charge les besoins fondamentaux du corps. Avant toute chose, il régule l’équilibre endocrinien, biologique, dans le cadre de l’homéostasie, c’est-à-dire qu’il veille sur l’intégrité du corps et son fonctionnement interne dans un souci d’équilibre permanent. Pour ce faire, il commande au fonctionnement de l’hypophyse.
 Pour maintenir notre corps opérationnel, ce cerveau doit assurer ses besoins énergétiques. Il contrôle donc l’alimentation. Mais il gère aussi la fonction de reproduction. Son fonctionnement est sommaire sous la forme de « réflexes améliorés ». Sa capacité de mémorisation étant quasi nulle, il n’intervient que dans le champ de l’immédiateté au gré des stimuli ressentis.  
 MacLean poursuit son découpage cérébral en considérant le cerveau des mammifères comme l’organe du sentiment. Sa géographie est marquée par des zones distinctes et son fonctionnement par des liens fonctionnels. On l’appelle système limbique. Il se situe à l’arrière de la boîte crânienne. Siège des émotions, des sensations, son rôle principal consiste à nous prémunir de l’environnement. Si un stimulus est ressenti comme étant dangereux, il cible son attention dessus et envoie des instructions aux système moteur et viscéraux dans le but de prépare l’organisme à l’action ou à la fuite.
Toutefois, les émotions ont un autre rôle que celui de signaler une urgence, elles constituent une véritable grille de lecture du monde. En attribuant une valeur positive ou négative aux choses, elles organisent un monde basé sur la dualité plaisir/déplaisir. Il classe ainsi le monde au gré de son expérience de manière à reconnaître les situations à renouveler et celles à éviter.
 Cette capacité à donner du « sens » aux choses et aux événements découlent directement de sa capacité à mémoriser. Le lien existant entre l’affectif et la mémorisation est ici largement mis en évidence. A l’instar du professeur, nous savons bien que tout apprentissage se voit nettement facilité par la façon affective que nous avons de faire passer un savoir. Ce cerveau possède une mémoire à long terme et invite à une recherche constante de situations plaisantes et à l’évitement de situations douloureuses.

 Le troisième cerveau – Propre aux mammifères, il est spécifiquement développé chez l’homme qui se l’ait approprié en l’appelant cerveau humain. Plus techniquement, on le nomme néocortex, il se niche dans les lobes frontaux de la boîte crânienne. En marge de son évolution, sa position a beaucoup évolué depuis l’homme de Neandertal au gré d’une avancée nette du front.
 La dernière couche qui le constitue est un enchâssement de cellules nerveuses à la fonction principalement associative. Cette partie traite les éléments présents de l’environnement en fonction des expériences du passé. Ses facultés fondamentales sont le raisonnement et l’imagination. Ce premier, connu sous le processus de cognition, consiste à reconnaître puis à abstraire l’information en vue de la reformuler dans un nouvel axe de causes à effets. De cette manière, il nous est possible de nous représenter le monde, en associant à chaque chose un signe particulier sensé le représenter sous l’égide du langage. Mais ce troisième cerveau a la capacité de se projeter dans le temps. Il peut en effet imaginer un futur possible, établir des probabilités ou inventer. Il peut donc aussi se représenter le monde tel qu’il le voudrait et pourquoi pas, créer. 
 Divisé en deux lobes, il nous permet de part de l’hémisphère gauche de faire des expériences, des apprentissages marqués par une analyse rationnelle et logique. De part l’hémisphère droit, il nous permet d’avoir une approche plus intuitive et imaginative. Mais son rôle ne s’arrête pas là, car il a la possibilité d’inhiber nos réactions purement biologiques de peur ou de plaisir et de les substituer par ses proches choix. Ainsi peut-il différer la consommation d’un plaisir ou rationaliser une peur.

 La conscience – On distingue dans un premier temps la conscience dite "diffuse". Celle-ci gère les informations et les décisions nécessaires aux fonctions élémentaires : instinct de conservation, régulation interne et pulsion de reproduction. Elle est qualifiée de diffuse car elle se situe aux divers points de l’organisme où elle intervient tout en adoptant un caractère global. En cela, elle est capable d’intervenir au niveau cellulaire de façon isolée ou de répondre à une fonction plus générique.
 On fait également mention de la conscience personnalisée. Elle est le fait d’une expérience du monde réalisée par le « je ». En outre, elle met en rapport un signifiant attribué à un objet extérieur avec un signifié associé dans le psychisme. Elle se base sur des informations sensorielles perçues par les cinq sens : la vue, l’ouïe, l’odorat et le goût, le toucher et la sensation dermo-optique.
 Mais observons le processus de fonctionnement de notre conscience de la perception d’un objet à l ‘élaboration d’une réponse adaptée. Tout d’abord, le cerveau doit reconnaître, identifier l’objet en question en tant qu’éléments isolé. Parallèlement, il doit établir sa position relative dans le paysage en le localisant par rapport aux autres objets. Selon Semir Zeki de l'université de Londres, ce traitement double n’est pas sériel mais obéit à un processus simultané au gré de deux circuits parallèles. En fait, cette activité complexe de la conscience se fait par micro étapes successives. A chaque fois que le cerveau passe à une connexion supérieure de son raisonnement dans le premier circuit, il établit une connexion parallèle d’un même niveau dans le deuxième circuit, et vice versa. Il arrive même que les deux circuits parallèles convergent vers le même niveau supérieur de connexion, favorisant de la sorte une meilleure intégration de l’information. Par exemple, en identifiant le mot table, notre cerveau le reconnaît, en identifie la structure et le visualise. Et la signification émerge des différentes connexions de souvenirs liés aux mot table et à sa situation perçue. 

 Cet article avait pour but de faire un exposé succinct de l’organisation anatomique du cerveau ainsi que des attributs fonctionnels de chaque « cerveau » hérité de son évolution. Quoiqu’il en soit, il n’en reste pas moins un mystère encore irrésolu qui ne cesse d’intriguer les scientifiques de par sa complexité et sa subtilité. Certes, un bonne partie des processus mentaux sont en passe d’être compris, ou le sont déjà, mais la question de la conscience globale du « penseur se percevant pensant » demeure insaisissable.
 Le cerveau est une machine complexe de régulation interne, de traitement de l’information et d’élaboration stratégique. A l’image du cortex, un nombre dithyrambique de connexions cellulaires et d’axones suffisent à expliquer un fonctionnement local mais ne suffisent pas à expliquer le « ressenti » de conscience en tant qu’entité unique et dépositaire d’une certaine contenance. Si l’on ne considère que l’aptitude au langage, on jongle déjà avec quatre zones cérébrales distinctes : l’aire motrice du larynx, la zone de Broca où sont stockés les programmes moteurs, le cortex auditif primaire, et la zone de Wernicke où sont stockés les modèles auditifs des mots. Face à une telle complexité, on a du mal à saisir une telle singularité du talent chez certains orateurs. Et il en va de même dans tous les domaines où l’homme s’est illustré en artiste, en scientifique, en créateur.
 Au regard de l’évolution de la vie, notre seule espèce est de facture assez récente. On s’étonne forcément qu’en une poignée de « secondes d’évolution » notre cerveau soit déjà si complexe et abouti. Aussi, quel avenir nous réserve-t-il ? Des capacités mnésiques et intellectuelles sensiblement accrues ? Une aptitude intuitive plus prononcée ? L’organisation de notre cerveau est-elle une transition vers un système plus unifié ou s’avance-t-elle sans répit vers un degré de complexité sans cesse repoussé ? Autant de questions que notre seul avenir saura résoudre. Quoiqu’il en soit, que l’on regarde du point de vue matérialiste, mécaniste, ou qu’on s’octroie l’ouverture d’une certaine spiritualité, n’en reste pas moins que l’homme est beaucoup plus que ce que notre compréhension actuelle n’est en mesure de dévoiler, comme si la compréhension du vivant se devait d’être réinventée à chaque nouveau degré de notre évolution.

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