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Bilan de vie – On pourrait s’interroger sur l’intérêt de faire un bilan de sa vie avant toute entreprise de changement. Mais réfléchir sur soi en auscultant son passé, en replaçant nos actions dans un réseau d’intentions et de motivations internes, nous éclaire sur les raisons pour lesquelles nous nous enfermons dans tel ou tel schéma de fonctionnement. Faire un point sur sa vie n’a rien d’une entreprise dédiée au grand âge. Comme le bateau suivant son cap, un point régulier est requis pour ne pas perdre sa direction initiale. Si ce bilan ne se borne pas à analyser nos actions, il nous met encore en position de décrypter les héritages que nous tenons de nos parents, de notre famille et de définir le point auquel nous estimons être arrivés au jour où nous le dressons.
Pour déterminer cet héritage dont le poids transparaît dans nos actions, il convient de nous remémorer les convictions de notre famille quand nous étions enfants et ce que nous en avons gardé au final. Quels rapports avions-nous avec les valeurs que nos parents portaient ? Qu’est-ce qui nous a le plus gêné, affecté ? Quelle problématique relationnelle avons-nous avec nos parents et quel impact cela a-t-il sur nos comportements et décisions ? Quelles rancœurs, croyances, valeurs et qualités portons-nous en nous-même comme une trame si familière que nous n’en mesurons plus l’incidence ?
Toutes ces questions ont pour but commun de rendre explicite les raisons immergées influant sur la menée de notre vie jusqu’à présent. Et ce chemin, l’avons-nous aimé d’abord ? Quel événement aimerions-nous revivre et quel autre détesterions-nous réexpérimenter ? Au final, quelles leçons retirons-nous de la somme des expériences vécues ? Avons-nous eu quelques fois le sentiment d’être en harmonie avec nous-même et notre environnement ? Quel était le but de notre vie d’alors et qu’est-ce qui a vraiment évolué ? A l’évidence, un tel examen préalable a pour but de cibler notre réflexion sur ce que nous voulons vraiment changer en nous, par-delà nos aspirations superficielles.
Au carrefour du domaine subjectif, social et biologique – André et Lelord ont défini les étapes du changement en conciliant les trois domaines fondamentaux de l’être : le subjectif, le social et le biologique. Chacun de ces domaines possède ses propres clefs susceptibles de nous faire évoluer.
En premier lieu, nous pouvons apprivoiser notre dimension subjective via la connaissance de soi et l’acceptation. Se connaître, c’est avant tout reconnaître ses limites autant que ses capacités, ses envies et ses rejets, ses échecs et ses réussites, ses lacunes et ses connaissances. C’est une façon de traiter objectivement nos inclinations subjectives. Partant de là, il nous est plus aisé d’accepter ce que nous sommes dans son entièreté plutôt que dans la partialité. De la sorte, il nous revient d’assumer ce que nous sommes ainsi que le désir de le changer en dehors de toute culpabilité.
D’un point de vue social, les clefs du changement positif passent par l’affirmation de soi, l’empathie et la reconnaissance sociale. Mais qu’est-ce que l’affirmation de soi ? Que cela requiert-il ? Exprimer ses idées, ses envies, son ressenti relève d’un droit qu’on décide de s’octroyer en vertu du respect que l’on a pour ses idées, ses envies et son ressenti. En définitive, c’est par respect pour soi qu’on décide d’affirmer son point de vue. Quant à l’empathie, elle incarne le processus complémentaire qui consiste à respecter le point de vue de l’autre, tout bonnement à se mettre en disposition de le comprendre. Aussi, oser s’affirmer et laisser l’autre s’affirmer participent de la même attitude de respect. Dès lors, il est légitime de rechercher la compagnie de ceux qui nous estiment effectivement et affectivement, de par leurs compétences et leur soutien moral ou matériel. Car en nous exposant tels que nous sommes, ce soutien social ne peut aller que dans le sens de notre évolution.
Dans sa composante biologique, l’homme nécessite de s’adapter à l’environnement en permanence. C’est le secret même de son évolution. Et son adaptation repose elle-même sur l’action. Au bout de tout désir de changement émerge une action qui se doit d’être accomplie sans quoi les choses ne peuvent évidemment pas évoluer. Le changement est donc le fruit d’actions de tous les instants. Du reste, l’atteinte d’objectifs a ce pouvoir de renforcer l’estime, le respect que nous nous portons. Cette attitude constitue sans doute le socle de la pensée positive qui nous fait passer de la plainte fataliste à la formulation d’objectifs susceptibles de déjouer le cours des choses. Au final, il s’agit de parvenir à l’acceptation de soi, que cela soit au gré des réussites, des échecs et des erreurs. Car ceux-ci sont des morceaux de vérité et, en tant que tels, des moyens certains d’en apprendre davantage sur soi.
Le pari du changement – Comme nous l’avons vu, s’estimer tient non seulement à éprouver une image valorisante, positive de soi, mais encore à mesurer, disséquer, soupeser ce qui fait nos qualités, nos défauts et nos motivations souvent inapparentes. En l’occurrence, si d’un côté l’estime de soi ramène à un ressenti global et intuitif, de l’autre, s’estimer consiste à rentrer profondément en soi dans une consultation méditative allant du superficiel au cœur même de notre inconscient. Et en raccordant tous ces fils apparemment distendus qui constituent notre histoire, nous reprenons contact avec notre individualité, contact autorisant justement l’estime de soi.
Un tel rapprochement n’est évidemment pas envisageable par toute personne ayant une faible estime d’elle-même, pour la bonne et simple raison que changer représente en soi un risque trop important, trop marqué par l’incertitude. En cela, changer est une prise de risque à mi-chemin entre l’analyse concrète de ses paramètres, de nos potentialités et d’une faculté intuitive à s’en pressentir la capacité. D’une certaine manière, une fois que nous nous acceptons tels que nous sommes, nous sommes en mesure d’accepter l’erreur éventuelle. De là, la confiance en soi ne tient pas tant à une sorte d’inconscience ou de témérité, mais bien à une harmonisation entre le ressenti et l’analyse intellectuelle du changement.
Très souvent, l’émotion que suscite telle ou telle perspective de changement est en opposition radicale avec nos capacités effectives à le conduire. Certes, nous nous en analysons les aptitudes nécessaires, mais, d’un point de vue affectif, nous n’en ressentons pas la force. Comprendre les raisons expliquant nos inhibitions est donc de première importance. Car si la seule peur du monde extérieur peut nous rendre circonspects et dubitatifs, ce sont bien les angoisses intérieures qui rendent l’acte de changement impossible.
Le processus même de la vie comporte une double orientation souvent antagoniste. Par un certain côté, nous sommes assoiffés de sécurité, et par un autre, nous sommes exhortés à changer. Comme un défi permanent, la vie nous demande de nous adapter, de négocier mille et une situations au moyen de nos facultés et de nos défauts. Tels sont les termes et les promesses de notre évolution. Mais notre cerveau, quant à lui, entretient le souci constant de notre intégrité. Via les habitudes, des comportements établis, via notre culture, nos rapports sociaux, nous sommes à même de baliser notre perception du monde par une véritable cartographie allant dans le sens de notre sécurité.
Toutefois, et comme nous l’évoquons dans l’article La quête de soi, l’homme se sent dépérir par trop de suffisance. Le sentiment de manque qu’il ressent à l’intérieur est un appel à l’évolution, au changement, vers un regain d’harmonie et de créativité. Nier cet élan qui appelle à notre métamorphose, à notre autonomie, recèle un double effet : celui de nous plonger dans des rituels quotidiens censés nous rassurer, remplir notre existence ; celui de rendre le manque de sens de notre vie plus cinglant et amer. Aussi, il ne semble pas qu’il puisse exister d’état fixe dans la vie, que son essence soit dans le mouvement. De cette manière, nous sommes destinés à passer d’un équilibre à un autre, comme dans un escalier dont les marches incarnent le progrès et les paliers les moments de répit faits de sécurité et d’harmonie.
Notre caractère, notre personnalité sont le fait des expériences du passé. Mais que ceux-ci ne nous servent pas de prétexte à ne pas changer. Car le fait même de formuler en soi un désir signifie que quelque chose en nous appelle à sa réalisation. Paradoxe que d’avancer une certaine partie de nous-même en sa faveur et d’en ériger une autre en sa défaveur. Paradoxe que de n’entendre en la locution estime de soi que « je suis capable de faire ce qui est largement à ma portée ». Car si la confiance en soi s’acquiert sur des réussites, elle ne devrait jamais être entamée des suites de nos échecs. En deux mots, si nous nous contentons de changer superficiellement, notre changement n’est que poudre aux yeux. Mais si nous nous hasardons à explorer ce que nous sommes au plus profond et que nous décidons d’en changer, de là, quelque chose peut se passer que nous appelons changement.