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La médecine chinoise

Les fondements de la médecine chinoise 


  
 Il y a 5000 ans, naissait la médecine traditionnelle chinoise (MTC). La légende attribue une triple paternité aux trois premiers empereurs de la Chine antique auxquels elle reconnaît successivement les fondements cosmogoniques, la connaissance des plantes et la théorie médicale, ainsi que l’acupuncture. Formalisés par la suite au troisième siècle AVJC dans le livre du Nei Jing, ces enseignements sont encore considérés comme le pivot de la médecine chinoise.
 Loin du folklore duquel on l’affuble très souvent, la MTC se présente comme un système médical complet, rigoureux et scientifique éprouvé et transmis au cours des millénaires. Médecine douce de par son absence de médication agressive, elle est avant tout une médecine naturelle qui perçoit l’être humain comme un élément à part entière de l’univers. En tant que « microcosme dans le macrocosme », notre santé est soumise aux fluctuations universelles Yin/Yang des énergies vitales.
 Possédant sa propre démarche diagnostique et thérapeutique, la MTC met en jeu des qualités humaines essentielles basées sur l’écoute et le ressenti au gré de quatre phases fondamentales : l’interrogatoire, l’observation, l’olfaction et l’audition, la palpation. Elle se compose encore de 4 piliers thérapeutiques majeurs que sont l’acupuncture et la moxibustion, le massage, la diététique et la pharmacopée. Science millénaire forte d’une philosophie aussi complexe que subtile, la MTC ancre sa pratique autour d’une vision holistique et dynamique de la vie. Ceci, vous l’imaginez, n’est pas sans susciter incompréhensions et scepticisme dans un Occident où triomphe la conception analytique.  
  
 Les bases philosophiques – Pour comprendre le mode opératoire de la MTC, il faut tenir compte de l’un de ses concepts fondamentaux : le principe de globalité.  Dans la conception cosmogonique chinoise, tout est énergie et manifestation particulière de l’énergie. Celle-ci est le lien entre la partie et le tout. L’homme, à ce titre, fonctionne selon l’équilibre universel ou Dao marqué par l’alternance incessante du Yin et du Yang, telles deux faces opposées et complémentaires d’une même force.
 A travers l’unité des contraires, jour, nuit, positif, négatif, fort, faible, s’est développée la vie. La matière, quant à elle, s’incarne selon le jeu de cinq briques constitutives que sont les cinq éléments : l’air, l’eau, la terre, le feu, le bois. S’engendrant les uns les autres selon des rythmes journaliers et saisonniers insécables, ils interviennent directement dans la régulation de notre métabolisme. Tour à tour faibles et forts, leur excès ou leur carence, en correspondance directe avec un organe spécifique, peut en effet provoquer la maladie ou la rendre sous-jacente.
 Au niveau interne, l’organisme ne se résume pas à un entrelacs d’éléments symbiotiques. Notre fonctionnement répond de fait à une réalité globale dont la somme des processus est régie par l’énergie interne ou Qi. Des centres énergétiques essentiels font office de prisme entre l’homme et l’univers et régulent le métabolisme via les méridiens. En outre, la distinction corps/esprit propre à la conception occidentale n’a pas sa place dans la MTC. Le psychisme et la physiologie s’y présentent en effet tels deux courants émanant d’une même source et notre équilibre est le fruit d’une succession de micro équilibres incessamment renouvelés par le cycle des éléments. L’homme est à mi-chemin entre le monde, continuellement influencé par les saisons et les climats, les aliments et les boissons, et son individualité, elle-même marquée par ses relations humaines et ses comportements émotionnels. Précisément, c’est dans ce dialogue que se nichent les clefs de sa santé.

 Pratique de la médecine – La MTC distingue deux raisons possibles à la maladie : la première, externe (climatique ou alimentaire), et la seconde interne, liée aux humeurs. De fait, l’influence climatique obéit au cycle d’engendrement des éléments. Au gré des saisons, les énergies du vent, de la chaleur, de l'humidité, de la sécheresse et du froid adoptent successivement une influence tonifiante et malsaine. De la même manière, les aliments et les saveurs, regroupés en cinq catégories, activent positivement l’élément qu’ils incarnent s’ils sont consommés avec parcimonie et nuisent au contraire à l’organe correspondant s’ils sont ingérés excessivement.  
 Quant aux sources internes de déséquilibre, elle répondent traditionnellement aux sept sentiments : colère, joie/frayeur, pensées, accablement/tristesse et peur. Ainsi, la colère est associée à l'élément bois et agit sur le foie par activation du Qi, entraînant potentiellement des céphalées, des vertiges, ou un teint rouge. La joie, émotion du coeur, détend au contraire le Qi, générant de la sorte des palpitations ou la cyclothymie. Les pensées et les soucis, associés à la terre et à la rate-pancréas, ont quant à eux un effet bloquant sur le Qi, responsable de problèmes digestifs.
 En s’appuyant sur la menée d’un interrogatoire, puis sur l’observation, l’olfaction et l’audition, et finalement la palpation, le praticien est en mesure de déterminer les causes objectives de la maladie. En relevant les fluctuations de l’énergie vitale, il est à même d’établir le diagnostic différentiel très précoce. En l’occurrence, la détection du moindre déséquilibre yin/yang dans tel ou tel organe, avant même l’éclosion des premiers signes cliniques, est une source d’informations de première éloquence pour la MTC. A tel point qu’il est courant que le médecin endosse le rôle de conseiller en prodiguant à son patient des exercices physiques ainsi que des avis sur la qualité de son mode de vie alimentaire et relationnel. 

 Les outils thérapeutiques – Comme nous l’avons exposé initialement, la thérapeutique chinoise se compose de quatre piliers majeurs : l’acupuncture et la moxibustion, le massage, la diététique chinoise et la pharmacopée. L’acupuncture (zhenjiu) consiste en l’implantation d’aiguilles sur des points énergétiques situés à la surface de la peau selon le réseau des méridiens. Dans son travail de rééquilibrage du Qi, l’acupuncteur se sert également de la moxibustion, qui consiste à chauffer ces mêmes points par de l’armoise incandescente. En pratique, les ventouses, le marteau « fleur de prunier » (composé de plusieurs petites aiguilles) complémentent traditionnellement le traitement.
 Le second pilier de la MTC est le massage ou Tuina. En tant que tel, il représente un soin complet à même de désengager des problèmes superficiels de l’organisme. Mais il intervient encore dans le traitement des affections internes, notamment en gynécologie et en pédiatrie.  
 La diététique chinoise pour sa part tient en l’art de consommer les aliments nécessaires et suffisants au bon moment. Chaque aliment est soit de caractère Yin et apporte matière et froid, permettant l'entretien corporel, soit de caractère Yang, fournissant l’énergie et la chaleur à la base de l'énergie vitale. A noter que le traitement d’une maladie de nature Yin requiert un aliment Yang. C’est donc au gré d’une typologie taoïste que le diététicien en MTC opère ses régimes et ses soins.   
 Figure aussi la pharmacopée qui fait usage de substances végétales, animales et minérales. Leurs combinaisons, appelées empereurs, ministres, serviteurs ou ambassadeurs, sont sujettes à des prescriptions savantes parfaitement adaptées à la typologie du patient. La médication se présente alors sous des formes diverses : décoctions, plantes broyées, pilules de différentes tailles, onguents de façon traditionnelle, et lyophilisats, granulés, et extraits liquides injectables de façon moderne.  
 En complément des pratiques thérapeutiques exposées plus haut, la MTC a également recours au Qi gong (travail de l’énergie), hérité du Taoïsme, du bouddhisme et du confucianisme. Cette pratique regroupe les automassages, le "dao yin" ou l’art de « conduire l'énergie en l'harmonisant », ainsi que les méthodes de souffle avec pour vocation d’harmoniser corps et esprit, équilibre physique et émotions. Notons également la pratique très répandue du Taï chi, par le jeu de mouvements circulaires et d’exercices respiratoires dont les vertus pour la santé physique sont manifestes.
  
 Après cette présentation succincte de la médecine traditionnelle chinoise, deux réactions naturelles s’observent. Pour certains, l’avalanche de termes chinois associés à une conception du vivant abstraite, aux yeux de l’Occidental, suscite plus de scepticisme qu’autre de chose. En outre, qu’auraient-ils besoin de se commettre dans un univers médical qui n’est pas le leur alors qu’ils bénéficient des traitements et équipements médicaux les plus avant-gardistes ? D’autres encore y verront l’occasion d’exercer leur curiosité. Au final, ce qui nous est étranger n’a guère la chance de se révéler sous son vrai jour.
 A cela, nous répondrons par un simple constat : la MTC soigne quotidiennement au moins un quart de la population mondiale dont l’espérance de vie rivalise avec celle des pays occidentaux industrialisés. Aussi, il paraît judicieux d’abandonner tout point de vue comparatif entre les deux médecines au profit d’une immersion en profondeur. C’est en tous cas le parti d’une frange importante du monde. Car la MTC est bien une médecine universelle, au même titre que celle d’Hypocrate. Certes, les différences existent bel et bien, mais l’opposition est une vue étriquée de l’esprit. En atteste les recherches occidentales nombreuses sur les propriétés médicales de certaines plantes comme la Qing Hao révélée plus efficace que la nivaquine dans le traitement du paludisme. Et comprenons bien que la pharmacopée chinoise est aussi impressionnante qu’ancienne.
 Alors qui sait, peut-être arriverons-nous un beau jour à concilier les vertus de ces deux médecines pour voir naître une thérapeutique efficace et humaine ? Ceci constituerait un bel exemple d’harmonie entre le point de vue analytique et le point de vue holistique, à l’instar du Yin et du Yang, toujours complémentaires, et jamais divergents.  

http://ecolumen.free.fr/mtc.htm
http://sunsimiao.free.fr/sun/diet/diet1.htm
http://ren.zhong.free.fr/renzhong.htm
http://www.chuzhen.com/article.php3 ?tid=1
http://www.reimsqigong.com/mtc/maladie_herkunft.html

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