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3 Les étapes clefs du changement

3 Les étapes clefs du changement

 La façon dont nous demandons quelque chose est infiniment importante. Que nous formulions un simple désir sans lendemain, un projet déjà bien avancé ou n’importe quel souhait hasardé, c’est bien notre attitude en amont de cette demande qui en fixe la valeur. Quand nous exprimons une demande, à qui le faisons-nous, et sur quel ton ? Le mode interrogatif, le mode affirmatif ? Nous comprenons bien que c’est notre rapport au souhait formulé qui détermine en partie notre capacité à aller jusqu’au bout. En outre, il y va de l’évidence, comment pourrions-nous jamais concrétiser ce que nous ne désirons pas vraiment voir se réaliser ? Cette opération de clarification est donc une clef essentielle à cette étape de distinction entre ce que nous voulons vraiment et ce que nous ne formulons que par habitude ou en vue de se rassurer.
 Mais cette clarification ne s’arrête pas là. Après le passage au crible de validité, il convient de différencier notre désir des obstacles qui empêchent éventuellement sa réalisation. De ce point de vue, si nous élisions nos désirs à la concrétisation sur le seul critère de leur faisabilité immédiate, changerions-nous jamais vraiment ? Tout au plus, nous reformulerions. C’est pourquoi l’apparente complexité d’un problème ne devrait pas pour autant le rendre irrémédiablement rédhibitoire. En un sens, la solution est contenue dans le problème posé et la formulation du problème en fait partie de façon intégrante. Aussi, ce que nous demandons et la façon dont nous le demandons ne forment que les deux faces d’une même pièce de monnaie.
 Une fois que nous avons identifié notre désir, les obstacles nous en empêchant, et la façon dont nous le formulons, se distinguent dès lors le fond et la forme de la demande. En d’autres termes, les motivations commandant à ce désir nous apparaissent évidentes. Nous en comprenons les tenants et les aboutissants, ses origines dans l’espace et le temps. En contextualisant de la sorte notre désir, nous lui offrons une première matérialité. Incidemment, pour autant que ce désir peut nous apparaître réel, émerge un sentiment de responsabilité. Quelles sont donc les implications inhérentes à la concrétisation de notre désir ? Autant de questions à même d’initier son intégration dans notre réalité.  

 Mobiliser ses forces et déterminer un objectif – Une fois le désir clarifié, situé dans la géographie de nos intentions via les questions du quoi et pourquoi, pointe la question du comment. En effet, quelles qualités, quelles forces et atouts sont requises ? Où nous les approprier encore ? Mais que ces questions ne nous détournent pas de notre motivation à réaliser notre désir sous le prétexte facile du découragement. Si les défis étaient à notre portée, à quoi bon en effet les relever ? Aussi, ne considérer que les problèmes à résoudre ou les forces à acquérir est une vision partielle du désir à réaliser. Avoir une vue d’ensemble est requise pour toute action à entreprendre.
 Bien sûr, nous avons défini clairement notre désir. Mais il nous reste à en dégager des objectifs concrets susceptibles de soutenir sa réalisation. Tout objectif doit faire l’objet d’une formulation positive de manière à ancrer notre programme dans l’optimisme. On préférera donc un « je veux apprendre à devenir positif » à un « comment faire pour ne plus être négatif ». Fort de cet objectif clairement formulé, il s’agira de faire résonner sa signification en nous-mêmes, de le porter en soi et le laisser mûrir. En lui accordant une telle place, nous conjuguons notre projet au présent et nous tissons une relation avec lui dans le temps. Il serait en effet paradoxale de s’engager dans un projet qui ne requièrent pas toute notre attention.
 Dès lors, nous pouvons chercher en nous quelles sont nos forces, quels sont nos atouts susceptibles de nous soutenir dans la réalisation de notre projet. En examinant nos faiblesses, nous pouvons en faire une source d’attention particulière à même de se transmuer en qualité avec le temps. En outre, c’est en engageant nos aptitudes et nos faiblesses qu’on tisse un lien véritable avec l’objectif à atteindre. De là, il ne nous reste plus qu’à tenir le cap que nous indique en permanence notre désir profond, celui pour lequel, précisément, nous sommes prêts à tout.

 Sceller un contrat et rencontrer les obstacles – Y a-t-il jamais de succès véritable sans engagement véritable. S’il est facile de changer car nous nous en savons capables, changer en profondeur nécessite de l’énergie, de la détermination et un engagement sans faille. Comme un pari, il scelle notre implication réelle. Ainsi engagés, nous nous mettons en position de réaliser notre désir profond pour autant que nous en faisons quelque chose d’importance vitale. De là les sollicitations de la vie ne manqueront pas et mettront à l’épreuve notre détermination. 
 Sur le chemin, nous rencontreront des obstacles qui mettront à l’épreuve notre détermination. Mais nous rencontrerons aussi des aides incongrues, des forces nouvelles, des connaissances susceptibles de nous faciliter la tâche. De la sorte, nous saurons avec quoi faire alliance et de quoi nous méfier, de qui nous entourer et de qui nous passer. Sur le chemin, nous devrons garder la tête froide au devant des heurts possibles que nous subiront. Et dans le feu de l’action, il nous faudra avoir des références solides, des règles d’action préétablies. De cette manière nous demeurerons bien orientés vers notre but. Il s’agira de ne jamais couper le dialogue avec les autres, ceux qui nous réfrènent, mais au contraire utiliser leur objection comme une source d’enrichissement et de renforcement. 
 Par ailleurs, la réalisation d’un désir profond nécessite une application quotidienne. En faisant tout ce qui peut être fait, en s’entraînant chaque jour à l’action immédiate, nous nous préparons à la performance, nous sollicitons notre discernement. En laissant ce besoin s’exprimer en nous, nous nous mettons en disposition de le réaliser sous des formes multiples. Ce faisant, nous sommes amenés à découvrir des choses nouvelles, inconnues, porteuses de qualités nouvelles, inconnues. En parvenant à laisser l’envie de profit direct de côté, nous nous ouvrons, sous le prétexte de notre quête, à un monde riche de promesses et de possibilités.  

 Vivre la réalisation – Pour ainsi dire, en nous fixant un but auquel nous adhérons inconditionnellement, nous ouvrons une route qui nous révélera sous un jour nouveau. Forts de ces nouveautés, aptitudes, nous nous sentirons une aptitude au changement que nous ne nous soupçonnions pas initialement. Plus encore, en ayant réalisé un désir profond envers lequel nous nous étions dûment engagés, nous nous sentons renforcés de l’intérieur, emplis d’un sentiment de paix, de suffisance et de confiance.
 Ce que nous apprenons à réaliser en accord avec nous-mêmes nous rend plus ancrés. De cette façon, il nous est plus aisé d’accepter les choses telles qu’elles sont puisque nous nous savons capables d’y circonvenir ultérieurement. Nous passons d’une vision hypothétique du monde à une vision lucide puisque sans peur. Chaque défi de la vie devient une occasion toute trouvée et naturelle d’en apprendre plus sur soi et de cheminer vers une liberté intérieure accrue. En deux mots, c’est là un mode de vie, une philosophie pratique qui engage le fonctionnement global de votre être.  
 Et si le plus dur dans le changement consistait à accepter de perdre plutôt qu’à vouloir gagner à tout prix. Certes, nous cheminons vers un objectif net et précis que nous voulons voir réalisé, mais sommes-nous capables de perdre de vue un instant le sécurisant « ce que nous sommes » pour l’inconnu d’un « ce que nous pouvons être » ? La symbolique de la mort ne s’inscrit-elle pas en fils dorés dans la question du changement ? Ne faut-il pas déjà faire l’expérience d’une mue pour expérimenter ce qui subsiste en nous de « ce sentiment profond d’être soi » pour oser ensuite paisiblement le changement ? 

 Dans cet article, nous avons tenté d’exposer les étapes clefs que requiert tout changement. De la clarification du désir profond sous-jacent au désir formulé, de la mobilisation de ses forces et de la façon d’accepter et d’apprendre de l’épreuve, de l’engagement nécessaire en vue d’une implication réelle, nous retenons que l’acte du changement est une mort symbolique. Mais aussi un besoin profond, une nécessité vitale pour celles et ceux qui ne trouvent pas dans leur quotidien le dérivatif d’une satisfaction minimum.
 Une chose est sure cependant, le changement en lui-même est l’aboutissement d’une série de petits changements. Dès lors que nous suivons invariablement un cap, que nous nous donnons une direction, ces changements intermédiaires sont de nature à servir le projet véritablement fixé. L’ornière dans laquelle nous avons coutume de tomber tient dans le fait que nous tâchons de réaliser une somme importante de micro changements afin de réaliser ultérieurement un but que nous ne nous sommes pas fixés avec suffisamment d’acharnement et de conviction, de sorte que nous le perdons de vue rapidement ou le dénaturons au gré de nos avancées. Du reste, la perspective de résoudre tous ces problèmes subalternes est en soi un facteur clair de découragement.
 Maintenant, au bout de cette analyse, nous voyons bien que, dans la mesure du raisonnable, l’impossible se tient de l’autre côté du champ de nos limites. Nous nous définissons tout autant par ce que nous croyons pouvoir faire que par ce que nous n’envisageons pas être en mesure d’accomplir. Cet étau de réciprocité contribue à délimiter notre personnalité et à susciter en nous des désirs d’accomplissements, des rêves. En cela, nos limites ne sont pas systématiquement de nature limitante, mais bien encore de nature à nous reformuler en permanence. Mais nous préférons bien souvent la tiédeur de la sécurité au risque brûlant d’une quelconque prise de risque, alors que le seul risque que nous devrions craindre demeure bel et bien la stagnation.

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