Liens complémentaires :
Indiquez votre email pour vous inscrire à notre lettre d'informations
1 Les clefs du changement : de la connaissance de soi
Nombre de philosophes, de psychologues, de penseurs de tous horizons ont clamé que les clefs de l’harmonie et de l’épanouissement personnels passent par la connaissance de soi. D’un certain point de vue, il y va de l’évidence, car en effet, que pourrions-nous jamais changer en nous que nous ne connaissions pas au préalable ? Comment espérerions-nous répondre à nos besoins profonds sans même les connaître ? Il semble bien que notre évolution soit contingente à l’introspection et à l’observation de soi. Au-delà même des idées reçues que nous avons sur nous-même, au-delà du masque d’adaptation qui nous recouvre quasiment en permanence, qu’y a-t-il donc à découvrir ?
En renouant avec notre propre intégrité, nous prenons du recul sur notre « moi » quotidien. Et en prêtant attention à ce que nous sommes, nous nous mettons autant en position de faire face aux démons qui nous hantent qu’aux promesses et aux talents qui nous façonnent en secret. En un mot, nous abordons notre individualité réelle. C’est dans le sillage d’un tel travail que les « dresseurs de profils psychologiques » ont regroupé certaines tendances comportementales sous plusieurs grandes catégories. Ces familles ont pour but de mettre en lumière les enjeux de comportements. En outre, elles entendent définir notre personnalité via un prisme assez spécifique pour nous guider dans l’analyse quoique suffisamment général pour éviter une formulation de soi sclérosante.
Forts de cette base indispensable qu’est la connaissance de soi, le changement nous devient alors possible. Il devient même envisageable de rechercher en nous l’estime de soi, de s’en servir comme d’une pierre d’achoppement et d’accepter nos échecs autant que de nous affirmer dans le jeu social. Il n’existe évidemment pas de recette toute faite à même de nous garantir l’épanouissement, mais il y a certainement un chemin fait de patience et de persévérance susceptible de nous guider et, peu à peu, de nous aider à nous apprivoiser. Dans cet article, remercions la ressource bibliographique que constitue le Jeu du Tao de Daniel Boublil et Patric Levallois publié chez Albin Michel en 2004.
Les catégories d'êtres – La première catégorie d’êtres trouve l’appellation « d’universels ». Les personnes en faisant partie ont ce point en commun de rechercher le bonheur et l’accomplissement personnel. C’est là leur préoccupation fondamentale. Leur action est tournée vers l’épanouissement et s’inspire du point de vue des autres et de toutes les connaissances susceptibles de soutenir leur évolution. Elles assument leurs responsabilités et savent se remettre en question lorsque cela s’avère nécessaire. Dans ce profil d’acceptation, elles favorisent une attitude positive face à l’avenir.
En second lieu viennent les « toxiques », dont la recherche principale tient à asseoir leur estime de soi. L’affectivité est évidemment une source dangereuse de remise en cause que le sujet n’est pas toujours à même de supporter. A l’inverse, il peut bien souvent s’arroger des réussites partielles ou se fortifier dans la possession de biens matériels ou dans le jeu d’une vie sociale riche mais pas forcément féconde. Il supporte difficilement l’échec et, encore une fois, la fragilité de son affectif le pousse fréquemment à choisir la facilité plutôt que l’assouvissement de ses besoins réels.
Un troisième groupe appelé « les craintifs » décrit les personnes qui ne s’aiment pas. Le sachant fort bien, elles font tout leur possible pour gommer leur originalité et fonctionnent sur le mode rassurant du conformisme. La peur du rejet dicte en effet leurs comportements et l’effacement est le plus souvent leur position préférée. L’action représente à leurs yeux un risque trop grand d’exposition qu’elles sacrifieront volontiers à la passivité. Toutefois leur désir de changer se rappelle fréquemment à elles et fait facilement osciller leur affectif entre joie et tristesse.
La dernière catégorie est celle des « résignés ». Elle constitue une typologie de personnes qui n’ont aucune confiance en elles et qui ne trouvent aucun sens, aucune utilité à leur vie. Pardessus tout, elles n’espèrent pas même pouvoir changer ou s’améliorer avec le temps. Elles tâchent donc de traverser la vie sur un mode d’autoprotection intégrale. Toute responsabilité leur fait horreur, tout imprévu constituent un obstacle de mauvaise augure. Leur préoccupation quotidienne tient conséquemment à se prémunir du malheur qui les menace comme une épée de Damoclès.
Les neuf types de la personnalité – Une variante de la catégorisation précédente affine l’analyse des grands types de personnalités : l’ennéagramme. Cet outil voué à la connaissance de soi remonte à la plus vieille antiquité. Né de la géométrie d’une figure à neuf côtés imaginée par les Babyloniens et transmise par la suite pas les Pythagoriciens, l’ennéagramme se base sur le point de vue que le psychisme de chacun s’articule autour de trois pôles fondamentaux : le corps d’action, le cœur du ressenti, la tête pensante. L’usage prioritaire d’un centre par rapport à un autre définit donc les neuf combinaisons de personnalités de l’ennéagramme. Et chaque type lui-même possède une forme évolutive et une forme régressive.
Voici donc une présentation succincte des neufs types de la personnalité. Le type 1 est celui du perfectionniste, possède un fort sens critique doublé d’une forme de sérénité ponctuée de pics de colère. Le type 2 regroupe les personnes altruistes, séductrices, encourageantes oscillant entre l’humilité et l’orgueil. En trois, nous trouvons le leader, concret, attentif à son image, tiraillé entre la sincérité et le mensonge. En quatre, le tragico-romantique, idéaliste, créatif, est caractérisé par l’équanimité et l’envie. Le cinquième type, observateur, secret, réfléchi possède une personnalité marquée par le détachement ou, à la négative, par l’avarice de soi, de son temps, de ses connaissances. L’ennéagramme répertorie encore un type six en la personnalité du loyal-sceptique, anti-autoritaire, pessimiste oscillant tantôt vers le courage tantôt vers la peur. Vient ensuite l’épicurien, l’aventurier, l’actif caractérisé par la sobriété et la gourmandise. L’avant-dernier type est celui du protecteur, du contrôleur, combatif dont les spécificités sont l’innocence et la luxure. Enfin, le diplomate, paisible, indécis fonde le type neuf marqué par la qualité de l’action mais ralenti par une tendance à la paresse.
Bien entendu, la personnalité n’étant pas conçue de façon monolithique et encore moins de façon figée dans le temps, l’ennéagramme doit être perçu comme une sorte d’alphabet comportemental qui trouve du reste une corrélation extrêmement forte avec la psychologie. Il est également à noter qu’à l’arrivée à l’âge adulte, la personnalité s’enrichit d’un type secondaire de personnalité. Celui-ci marque la façon dont le sujet vit son type principal dans un dialogue trouvant une teinte toute personnelle, fruit de son histoire et d’un nombre de paramètres suffisamment important pour nous rappeler que nous sommes en évolution permanente.
De la quête de soi au soi véritable – Au départ de toute quête de soi, il y a ce souci de trouver une destination de soi, une nature précise. Mais ce sont d’abord nos réactions, nos comportements, nos inclinations naturelles qui donnent une idée de ce que nous sommes en train de devenir. D’un certain point de vue, il convient de laisser faire les choses. Mais cela ne suffit pas, car il s’agit encore d’en prendre conscience par l’écoute et l’attention et de faire en sorte de ne pas agir en contradiction avec nous-même, ce qui est un cas très fréquent. En outre, si le début de la quête de soi tient à une certaine forme de « lâcher prise », il n’en est pas pour autant un « laisser-faire ».
Forts de cette qualité d’attention, nous prenons alors conscience du fait que nous sommes absolument uniques, originaux, que cela soit au plan somatique ou psychique. De là, peut naître l’estime de soi, indispensable à l’accès au bonheur, à l’ouverture de soi, tout bonnement à l’affirmation de soi. Celle-ci repose sur l’amour que l’on se porte, sur la vision positive que l’on a de soi et sur la confiance en soi. Cette capacité d’estime dépend évidemment de la dimension affective dont nous avons hérité. Quoiqu’il en soit, être soi réclame ce courage nécessaire de se voir tels que nous sommes, et de l’accepter. Et en voyant nos qualités et nos défauts de façon inconditionnelle, nous nous libérons de leur emprise.
De cette manière de voir, qui tient d’un authentique besoin de compréhension et de se sentir libres, nous atteignons progressivement à ce que les sages ont appelé le « lâcher-prise », le détachement, la liberté d’esprit. En ayant ce recul sur nous-mêmes, nous sommes en mesure d’accepter la mort, et d’accepter la vie telles qu’elles sont. Ceci constitue à l’évidence le point de départ effectif de toute quête. Nous sommes en mesure de nous découvrir dans la mesure où nous renonçons à notre singularité bâtie par notre éducation, par le regard des autres. Et c’est là l’objet d’un long travail d’observation de notre conditionnement. A l’instar de la pensée de Krishnamurti, « quand nous commençons à voir ce que nous ne sommes pas, peut émerger ce que nous sommes ».
Certes, notre enfance est fondatrice, certes, notre personnalité en est la variation ou la contre-mesure, mais le point de départ ne détermine pas le point d’arrivée. Tout au plus, il décrit notre façon de voyager, le contenu de nos bagages, les qualités et les limites qui sont nôtres au moment même où nous avançons, c’est-à-dire un pas après l’autre.
L’évolution n’est possible que dans la mesure où elle n’obéit pas à un schéma prédéfini se réduisant de lui-même au fil du temps. L’évolution de l’homme montre à quel point elle intègre une multiplicité infinie capable de se singulariser à l’extrême. Elle est un mystère de la vie. Elle semble nous dire, comme Jung le soupçonnait, « que nous sommes un être collectif en individuation ».
Les Bouddhistes considèrent que le moi n’est qu’une illusion recouvrant notre vraie nature, que celle-ci n’émerge que dans le lâcher-prise des velléités de l’ego. L’Occident possède aussi ses saints, lesquels pratiquaient le même abandon, mais encore de fortes personnalités qui ont marqué l’histoire de leur emprunte. Entre ceux qui clament la disparition de leur ego et ceux qui en usent de façon démesurée, il semble que l’association ego/humilité pose des problèmes.
C’est pourquoi nous rappelons ici l’objet de cet article, lequel cherche modestement à contribuer de son analyse au cheminement personnel qui consiste, pour tout être humain, à s’ouvrir à l’introspection, à la recherche, sans autre but que de se comprendre davantage, d’accéder à la sérénité et l’harmonie. Il semble que cela ne constitue pas un but en soi, pas au sens commun du terme, tant il est vrai que l’évolution ne connaît ni terme, ni récompense la motivant. En cela, la connaissance de soi offrirait à la vie l’opportunité de servir sa propre évolution. Nous sommes partie prenante d’une évolution qui est elle-même tributaire de notre progrès.